Encore une personne avec qui elle allait pouvoir discuter des coureurs en général et de Kaprio en particulier ! Depuis son arrivée à Azuria, Dialina avait eu pas mal de chance : après le chevalier bleu D’kar, voilà que Leandra partageait elle aussi sa passion des coureurs. Alors que lorsqu’elle était à La Flèche, seul son père ne se lassait pas de l’entendre parler de son étalon. Puisque le maître tanneur appréciait la conversation, ce n’était certes pas Dialina qui allait y mettre fin.
« Oui, c’est le danger, mais ce n’est pas nous qui seront les plus embêtées… », répondit-elle sans arrêter de sourire.
La jeune fille écouta Leandra parler d’un coureur difficile dont elle s’était occupé et se dit alors qu’elle s’était sans doute mal exprimée, aussi ajouta-t-elle un peu vivement :
« Oh, Kaprio n’est pas comme ça ! Je n’ai jamais eu à me battre avec lui ! En réalité il veut simplement trop bien faire mais il ne tire pas, il fait juste beaucoup de mouvements inutiles : il lève haut les pieds et fouaille de la queue pour montrer qu’il est content et après il fatigue. Mais il est très obéissant. »Les problèmes que Leandra avait rencontré avec son maître intéressaient vivement la guérisseuse. Pas qu’elle pense que cela puisse lui arriver, les maîtres guérisseurs d’Azuria n’avaient pas du tout l’air de vouloir refuser de reconnaître ses capacités, mais comprendre la mentalité des autres habitants de Pern pouvait être utile. Le comportement du maître tanneur était en effet révélateur d’un mode de pensée assez répandu dans les Forts et les hommes misogynes étaient tout de même nombreux.
« Je comprends ce que vous avez dû ressentir… », répondit Dialina, sérieusement,
« Personnellement, je n’ai jamais eu affaire à des hommes comme cela, mais je sais que ma mère a dû faire face à ce genre de comportement après ma naissance. Comme si les femmes étaient moins capables que les hommes, n’importe quoi ! »Dialina fut contente de voir que sa proposition plaisait à Leandra. Elle aimait bien se rendre utile et si son père pouvait permettre au maître tanneur de trouver compagnon(s) et/ou apprenti(s), elle n’allait pas lui laisser le choix.
« Il n’y a pas de quoi. De toute manière, c’est surtout mon père qui va avoir du travail, c’est lui qui va devoir colporter la nouvelle. », répliqua-t-elle avec un sourire complice à son interlocutrice,
« Je vais juste lui en parler. Et vous savez, il peut être très convaincant quand il veut ; vous aurez peut-être plus de candidats au poste que vous n’en souhaitiez. »La conversation devait être véritablement passionnante pour la guérisseuse car elle n’avait même pas remarqué que la nuit tombait. La phrase de Leandra lui fit prendre conscience du temps qui passait et elle se traita mentalement de wherry sans tête pour ne pas avoir pensé à proposer l’hospitalité à Wizard et à sa patiente avant que celle-ci ne le demande. Bravo ! Franchement, quelles bonnes manières c’étaient d’oublier que la visiteuse et son coureur venaient de loin et qu’ils avaient sans doute envie de se reposer et de rester là à papoter, la honte ! Ses joues commencèrent à rougir et elle répondit rapidement :
« C’est sûr qu’il sera mieux dans un box confortable ! Je vais lui en préparer un de suite pendant que vous lui enlèverez son harnachement Kaprio va être content d’avoir un nouveau compagnon… »La jeune fille entra dans l’écurie et fut saluée par un hennissement joyeux d’un étalon ravi de voir sa maîtresse. Le coureur bai passa la tête par dessus la porte du box pour quémander une caresse et ronfla légèrement lorsqu’il vit Wizard et sa maîtresse. Kaprio n’était pas du tout fougueux pour un étalon et cela ne le gênait absolument de rencontrer un autre entier, il saluait juste un congénère.
Dialina se retourna vers Leandra qui la suivait pour demander :
« Et vous, savez-vous où dormir cette nuit ? Sinon je peux vous préparer une chambre à l’Atelier, nous ne sommes pas nombreux, il y a de la place. »_________________
