Histoire :Alianar, marchand et voyageur de son état, alors âgé de 27 révolutions fit halte pour des raisons commerciales à Fort La Flèche peu de temps avant le Nouvel An et décida d’y rester quelques jours : ce n’est pas qu’il n’aimait pas la compagnie de son coureur mais faire la fête seul sur les routes, ce n’est pas terrible. Au cours de cette soirée particulièrement bien arrosée, il rencontra Doline, compagnonne tisserande de 25 révolutions, très aimable et bien imbibée également. Comme le temps passait, ils se firent la réflexion, le plus sérieusement du monde, qu’il serait dommage de terminer une si belle nuit seul(e) dans son coin. Deux jours plus tard, Alianar, remis de ses excès avinés, reprenait la route. Cependant, Doline avait récolté autre chose qu’une simple gueule de bois, et neuf mois plus tard Dialina naissait.
Quelques mois après cette naissance, Alianar, toujours aussi insouciant, repassa à Fort La Flèche au hasard de ses voyages et apprit qu’il avait une fille. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette nouvelle le rendit très heureux ; il faut dire qu’il ne lui était même pas venu à l’idée que cet événement pouvait remettre en cause sa façon de vivre, et qu’il n’était pas question pour lui de renoncer à sa vie de voyageur et de marchand errant. Cette prise de position ne fut évidemment pas du tout du goût de Doline qui avait dû subir le mépris de ses voisins face à une fille mère et qui avait échappé au rejet total grâce à la popularité de sa mère, Tisserande de renom, et à son talent propre dans cet art. La jeune femme souhaitait bien sûr le mariage et exigeait que son « fiancé » reste au Fort pour vivre avec elle et élever sa fille. Après de houleux débats, elle dut pourtant céder et Alianar put reprendre sa route après avoir toutefois promis de revenir régulièrement.
Dialina passa ainsi le début de son enfance avec sa mère et sa grand-mère et Doline retrouva assez vite le respect de ses concitoyens à l’aide de son habileté de Tisserande.
Cependant les visites d’Alianar étaient plutôt fréquentes, jamais distantes de plus de quatre mois, et la petite fille était toujours ravie de voir son père à qui elle vouait une véritable adoration. Son père était forcément le plus grand, le plus fort, le plus beau ! D’ailleurs il avait voyagé bien plus loin que tous les autres hommes du Fort et il racontait toujours de merveilleuses histoires sur ce qui se passait dans des contrées lointaines dont le nom seul faisait déjà rêver. Et ce n’est pas parce qu’il n’était pas souvent là qu’il ne l’aimait pas : la preuve, il lui ramenait toujours de magnifiques cadeaux de ses voyages. Les autres enfants pouvaient dire ce qu’ils voulaient, s’ils se moquaient d’elle c’était tout simplement qu’ils étaient jaloux ! Aucun d’eux n’avait de coquillages de Baie-Eternité ou de foulard venant de Mishtapek ! Et puis, Alianar représentait pour la fillette tout ce qu’elle regroupait sous le vaste nom de nature : il l’emmenait se promener pendant de longues heures dans la forêt en lui montrant les plantes et les animaux qu’ils rencontraient, parfois même il la faisait monter sur le dos de son coureur gris, Dartigan, et elle pouvait alors traverser le Fort fièrement devant les enfants qui se moquaient d’elle habituellement. Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi Kaoline, Doline et les voisins n’appréciait pas son père, il était si formidable !
Mais un marchand du Fort, Rian venait de plus en plus souvent chez elles et il parlait souvent à Doline. Dialina remarqua aussi qu’il lui apportait parfois des cadeaux et qu’il semblait toujours sur son chemin quand elle devait sortir de la boutique. La fillette ne pouvait pas savoir que Rian courtisait sa mère depuis longtemps et que son existence même était un obstacle à leur mariage, pas du point de vue de Rian, qui était tout prêt à l’aimer comme sa fille, mais pour Doline qui ne voulait pas la lui imposer.
Finalement, alors que Dialina avait quatre révolutions, sa mère épousa Rian, qui était âgé de 31 révolutions, et un an plus tard, Dorian vit le jour. La fillette fut ravie de l’arrivée de ce nouveau membre de la famille : un petit frère c’est génial ! Ca mange, ça pleure, ça crie, ça dort pour de vrai, c’est comme une poupée mais en mieux !
Alianar fut un peu surpris par ce mariage mais il s’y fit très vite. Il rapprocha juste un peu ses visites, sans doute pour ne pas risquer que sa fille oublie qui était son père. Crainte par ailleurs totalement infondée. Certes Rian aimait beaucoup Dialina (comment ne pas l’aimer, elle était si mignonne avec ses grands yeux verts et ses boucles noires qui lui tombaient tout le temps dans la figure ?) mais la fillette ne le voyait pas du tout comme un père. Elle n’avait qu’un seul et unique Papa, et de toute façon son cœur était trop plein d’amour pour lui, il n’y avait pas de place pour un autre. Rian était le mari de sa Maman, le père de Dorian mais ce n’était pas lui qui l’emmenait sur son cheval et lui apprenait le nom des fleurs et des oiseaux.
Dialina continua à grandir ainsi, en attendant les visites de son père, et elle pris l’habitude d’aller se promener seule dans la forêt quand elle avait du temps libre. Elle aidait aussi sa mère à la boutique mais elle était d’une maladresse impressionnante : incapable de faire quelque chose de ses dix doigts, surtout du tissage, elle désespérait Doline qui aurait aimé lui apprendre son métier. Par contre, une fois à l’air libre, elle devenait totalement différente et était capable de s’occuper des animaux et même d’accomplir les corvées les plus ingrates qu’elle faisait d’ailleurs souvent à la place de son frère. En effet, Dialina avait un cœur énorme et ne refusait jamais son aide à qui que ce soit et Dorian l’avait bien compris, il n’hésitait pas à refiler à sa sœur les corvées dont il ne voulait pas.
Cependant à partir de ses dix révolutions, il fallut se poser la question de l’apprentissage qu’elle voulait suivre. Pour elle, et quoiqu’en pense sa mère et sa grand-mère, il était hors de question de devenir Tisserande. Mais l’Atelier d’Elevage l’attirait beaucoup plus, elle avait vraiment envie de s’occuper des animaux et spécialement des coureurs. Le problème était qu’elle aimait aussi énormément apprendre les noms et les vertus des plantes que son père avait commencées à lui enseigner. Et le seul moyen de continuer à emmagasiner de telles connaissances c’est de faire partie de l’Atelier de Guérison, puisque Alianar avait depuis longtemps épuisé ses connaissances sur le sujet devant l’envie d’apprendre de sa fille.
Elle finit donc par se décider en faveur de l’Atelier de Guérison, ce qui correspondait assez bien à son caractère et à sa manière de toujours offrir son aide et de vouloir faire plaisir aux autres. Et puis, rien n’interdit à un Guérisseur de soigner aussi les coureurs !
Dialina devient donc à treize révolutions apprentie guérisseuse. Son apprentissage lui convenait très bien car elle pouvait éviter de rester enfermée à l’Atelier et aller souvent en forêt recueillir des plantes. Ce fut à peu près à la même époque qu’Alianar rapprocha peu à peu ses visites, et elle en fut ravie. Elle pensait que son père voulait approfondir ses connaissances de la végétation en profitant de ce qu’elle apprenait de nouveau, et les promenades en forêt se multiplièrent. La vérité, c’était qu’Alianar avait remarqué que sa fille grandissait de plus en plus, qu’elle commençait vraiment à ressembler à une jeune fille, et que, de surcroît, elle était loin d’être laide. Et il n’avait pas vraiment envie que d’autres habitants du Fort, notamment de jeunes garçons, s’en rendent compte de trop près. Après tout, c’était lui qui était le plus à même de la surveiller ; Rian était bien gentil mais il n’était pas son père, bon ! Bref, on pourrait simplement dire qu’il était un père (un peu) possessif.
Pourtant, Dialina n’avait pas d’autres préoccupations que ses études qui occupaient le plus clair de son temps. Elle regrettait tout de même d’avoir moins de loisirs à consacrer aux coureurs en général et à Dartigan en particulier, les chevauchées dans la forêt étant moins fréquentes et le coureur gris vieillissant. C’est pourquoi, pour ses quatorze révolutions, Alianar offrit-il à sa fille un beau coureur bai de quatre révolutions. La jeune fille en fut évidemment ravie et nomma son nouvel ami Kaprio. Doline voulut s’y opposer en faisant valoir le fait que Dialina n’aurait pas le temps de s’en occuper, mais celle-ci suppliât tant et si bien qu’elle finit par céder. Et Kaprio entra officiellement dans la famille.
Cependant, Dialina grandissait toujours et bien qu’elle aimât beaucoup sa mère et sa famille, elle avait de plus en plus envie de voyager et de découvrir les contrées lointaines dont lui parlait son père lorsqu’elle était petite et qui n’avaient jamais vraiment cessé de la faire rêver. Maintenant qu’elle avait un coureur le départ devenait vraiment possible et elle souhaitait s’éloigner un peu de sa famille, de son frère surtout avec qui ses rapports se dégradaient : Dorian n’était pas vraiment un modèle de vertu et, à seulement douze révolutions, il était déjà assez caractériel. Il était le petit dernier et le fils de Rian et avait toujours été un peu chouchouté par sa mère qui ne voulait pas qu’il devienne trop indépendant. Doline se réjouissait qu’il n’aime pas se promener en forêt comme sa sœur, elle craignait toujours qu’il lui arrive malheur. Et cela ne déplaisait pas du tout au garçon qui abusait de sa mère et de la bonne réputation de celle-ci et de sa grand-mère pour justifier la haute opinion qu’il avait de lui-même. Il en devenait quasiment insupportable même pour sa sœur qui était pourtant patiente. La jeune fille savait bien qu’il finirait par se rendre compte qu’il n’était pas le nombril de Pern, mais en attendant ce moment, il ne serait pas désagréable de prendre un peu de distance.
Aussi, quand son père lui parla d’Azuria, le nouveau Weyr et de son Fort, d’où il revenait pour la première fois, elle fut très tentée d’y aller. Doline n’était pas enthousiaste à cette idée mais elle finit par l’accepter, surtout après qu’Alianar eut promis de faire le messager entre les deux Forts pour transmettre les nouvelles.
Dialina quitta donc Fort La Flèche avec son père et son coureur pour se rendre au Fort d’Azuria et terminer son apprentissage. Mais plus le voyage avançait et plus elle se demandait si elle avait fait le bon choix, à l’enthousiasme de partir en voyage avec son père succédaient de nombreux doutes : elle avait quitté le Fort où elle avait passé toute sa vie et elle allait vers l’inconnu. Mais son père était avec elle, donc tout irait bien.
Les premiers temps à Azuria furent assez difficiles. Il fallut que la jeune fille se fasse violence pour vaincre sa timidité et se faire de nouveaux amis. Cela aurait été tellement plus facile de rester uniquement avec son Kaprio et de se contenter de suivre son apprentissage et d’aller se promener en forêt. Mais après quelques efforts, cela devint plus simple et Dialina s’installa tranquillement dans la vie du Fort…
Raison du transfert : Envie de s’éloigner de son fort d’origine et de sa famille un peu envahissante. Envie de voir du pays et de voler de ses propres ailes.